Définition générale dans "Le vocabulaire de la psychanalyse" de Laplanche et Pontalis. PUF 1973
"Désigne, en psychanalyse, le processus par lequel les désirs inconscients s'actualisent sur certains objets dans le cadre d'un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique.
Il s'agit là d'une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d'actualité marqué.
C'est le plus souvent le transfert dans la cure que les psychanalystes nomment transfert, sans autre qualificatif.
Le transfert est classiquement reconnu comme le terrain où se joue la problématique d'une cure psychanalytique, son installation, ses modalités, son interprétation et sa résolution caractérisant celle-ci."
Voir aussi l'édito de Techniques-Psychothérapiques Octobre 2004
"(...) nous en sommes encore à nous demander pourquoi, dans l'analyse, c'est
le transfert qui oppose au traitement la plus forte des résistances, alors qu'ailleurs
il doit être considéré comme l'agent même de l'action curative et de la réussite.
(...). Le fait que le plus efficace des facteurs de réussite, le transfert,
puisse devenir le plus puissant agent de la résistance semble, au premier abord,
constituer un immense inconvénient méthodologique de la psychanalyse.(p52* in
la technique psychanalytique).
* Le phénomène du transfert occupe une place importante dans la psychanalyse pourtant il a fallu attendre 1912 pour que Freud écrive sur cette question "La dynamique du transfert" in La technique psychanalytique (PUF ed 1970). Concept clef qu'il aborde dans ce texte, relativement court, principalement à partir de la résistance.
"(...) Plus la résistance sera grande, plus la mise en actes (la répétition) se substituera au souvenir. (p 109 "Remémoration, répétion et élaboration" (texte publié pour la première fois en 1914 in "l'Int. Zeitsch. für ärztliche Psa, vol II) in La technique psychanalytique, PUF, ed 1970)
(...) Lorsque le traitement débute sous les auspices d'un transfert positif faible, modéré, l'exhumation des souvenirs est, au début, aussi facile que dans l'hypnose et les symptômes morbides s'apaisent aussi pour un temps. Toutefois si, par la suite, le transfert devient hostile ou excessif et qu'il exige, par cela même, le refoulement, le souvenir fait aussitôt place à la mise en actes. A partir de ce moment, les résistances vont déterminer l'ordre des diverses répétitions." (p 110 "Remémoration, répétion et élaboration" (texte publié pour la première fois en 1914 in "l'Int. Zeitsch. für ärztliche Psa, vol II) in La technique psychanalytique, PUF, ed 1970)
(...) C'est dans le maniement du transfert que l'on trouve le principal moyen d'enrayer l'automatisme de répétition et de le transformer en une raison de se souvenir. (p 113 "Remémoration, répétion et élaboration" (texte publié pour la première fois en 1914 in "l'Int. Zeitsch. für ärztliche Psa, vol II) in La technique psychanalytique, PUF, ed 1970)
L'analyste a pour tâche d'arracher le patient à sa dangereuse
illusion, de lui montrer sans cesse que ce qu'il prend pour une réalité
nouvelle n'est qu'un reflet du passé. Pour empêcher son malade
de tomber dans un état dont aucun raisonnement probant n'arriverait à
le faire sortir, l'analyste veille à ce que ni les sentiments amoureux
ni les sentiments hostiles n'atteignent un degré excessif. Il y parvient
en mettant de bonne heure le patient en garde contre ces éventualités
et en n'en laissant pas passer inaperçus les premiers indices. Le soin
avec lequel on veille au maniement du transfert est un sûr garant de succès.
Lorsqu'on réussit, comme il arrive généralement, à
éclairer les patients sur la nature véritable des phénomènes
de transfert, on enlève aux résistances une arme puissante, on
transforme les dangers en gains.
Freud S (1938). Abrégé de psychanalyse. PUF 1949, p 45
Il est entendu que nous ne cédons pas aux exigences du malade découlant du transfert ; mais il serait absurde de les repousser inamicalement ou avec colère. Nous surmontons le transfert, en montrant au malade que ses sentiments, au lieu d'être produits par la situation actuelle et de s'appliquer à la personne du médecin, ne font que reproduire une situation dans laquelle il s'était déjà trouvé auparavant. Nous le forçon ainsi à remonter de cette reproduction au souvenir. Quand ce résultat est obtenu, le transfert, tendre ou hostile, qui semblait constituer la plus grave menace en ce qui concerne le succès du traitement, met entre nos mains la clé à l'aide de laquelle nous pouvons ouvrir les compartiments les plus fermés de la vie psychique.
Je voudrais cependant vous dire quelques mots pour dissiper votre étonnement possible au sujet de ce phénomène inattendu. N'oublions pas en effet que la maladie du patient dont nous entreprenons l'analyse ne constitue pas un phénomène achevé, rigide, mais est toujours en voie de croissance et de développement, tel un être vivant. Le début du traitement ne met pas fin à ce développement, mais lorsque le traitement a réussi à s'emparer du malade, on constate que toutes les néo-formations de la maladie ne se rapportent plus qu'à un seul point, précisément aux relations entre le patient et le médecin. Le transfert peut ainsi être comparé à la couche intermédiaire entre l'arbre et l'écorce, couche qui fournit le point de départ à la formation de nouveaux tissus et à l'augmentation d'épaisseur du tronc. Quand le transfert a acquis une importance pareille, le travail ayant pour objet les souvenirs du malade subit un ralentissement considérable. On peut dire qu'on a alors affaire non plus à la maladie antérieure du patient, mais à une névrose nouvellement formée et transformée qui remplace la première. Cette nouvelle couche qui vient se superposer à l'affection ancienne on l'a suivie dès le début, on l'a vue naître et se développer et on s'y oriente d'autant plus facilement qu'on en occupe soi-même le centre. Tous les symptômes du malade ont perdu leur signification primitive et acquis un nouveau sens, en rapport avec le transfert. Ou bien il ne reste en fait de symptômes que ceux qui ont pu subir une pareille transformation. Surmonter cette nouvelle névrose artificielle, c'est supprimer la maladie engendrée par le traitement. Ces deux résultats vont de pair, et quand ils sont obtenus, notre tâche thérapeutique est terminée. L'homme qui, dans ses rapports avec le médecin, est devenu normal et affranchi de l'action de tendances refoulées, restera aussi tel dans sa vie normal quand le médecin en aura été éliminé. Freud S. Introduction à la psychanalyse, pp Payot (texte paru en 1916) pp 421-422
Freud S. Introduction à la psychanalyse, pp Payot (texte paru en 1916) pp 418-419
"Si la patiente est une jeune fille et le médecin un homme encore jeune également, celle-là éprouvera pour celui-ci un sentiments amoureux normal, et nous trouverons naturel qu'une jeune fille devienne amoureuse d'un homme avec lequel elle reste longtemps en tête à tête, auquel elle peut raconter beaucoup de choses intimes et qui lui en impose par la supériorité que lui confère son attitude de sauveur" (…) "Passe encore lorsqu'il s'agit d'une jeune femme qui, malheureuse dans son ménage, éprouve une passion sérieuse pour son médecin, lui-même célibataire, et se déclare prête à obtenir son divorce pour l'épouser ou qui, lorsque des obstacles d'ordre social s'y opposent, n'hésiterait pas à devenir sa maîtresse" (…) "Mais quand on voit ce tendre attachement dans chaque cas nouveau, lorsqu'on le voit se manifester dans les conditions mêmes les plus dévaforables et dans des cas où la disproportion entre le malade et le médecin touche au grotesque, de la part d'une femme âgée à l'égard d'un médecin à barbe blanche, c'est-à-dire dans des cas où, d'après notre jugement, il ne peut être question d'attrait ou de force de séduction, alors on est bien obligé d'abandonner l'idée d'un hasard perturbateur et de reconnaître qu'il s'agit d'un phénomène qui présente les rapports les plus étroits avec la nature même de l'état morbide.
Ce fait nouveau que nous reconnaissons ainsi comme à contrecoeur, n'est autre que ce que nous appelons le transfert. Il s'agirait donc d'un transfert de sentiments sur la personne du médecin, car nous ne croyons pas que la situation créée par le traitement puisse justifier l'éclosion de ces sentiments.
Sans le nommer Freud fait-il référence au transfert dans la poursuite positive de la cure de "L'homme aux loups" ? ( Freud S, "l'homme aux loups" in Cinq psychanalyses, tr 1954, ed 1970, PUF, pp328).
Le patient dont je m'occupe ici se retrancha longtemps dans une attitude d'indifférence aimable. Il écoutait, comprenait - et ne se laissait pas approcher davantage. (…) Il fallut une longue éducation pour l'amener à prendre une part personnelle au travail et dès que, grâce à cet effort, il commença à se sentir un peu libéré, il interrompit aussitôt la cure afin de se garder contre tout changement nouveau et de se maintenir confortablement dans la situation acquise. Son horreur d'une situation indépendante était si grande qu'elle l'emportait pour lui sur tous les ennuis de sa maladie. Il ne se trouva qu'une seule voie pour la surmonter. Je fus obligé d'attendre que son attachement pour moi fût devenu assez fort pour pouvoir contrebalancer cette aversion, et je jouai alors ce facteur contre l'autre. Je décidai - non sans m'être laissé guider par de sûrs indices d'opportunité - que le traitement devrait être terminé à une certaine date, quelque avancé qu'il fût ou non alors. J'étais résolu à m'en tenir à ce terme ; le patient finit par s'apercevoir que je parlais sérieusement. Sous l'implacable pression de cette date déterminée, sa résistance, sa fixaion à la maladie finirent par céder, et l'analyse livra alors en un temps d'une briéveté disproportionnée à son allure précédente tout le matériel permettant la résolution des inhibitions et la levée des symptômes du patient.
(p 113 "Remémoration, répétion et élaboration" (texte publié pour la première fois en 1914 in "l'Int. Zeitsch. für ärztliche Psa, vol II) in La technique psychanalytique, PUF, ed 1970)
(...) Il arrive aussi que l'on n'ait pas le temps de passer aux instincts sauvages les rênes du transfert ou bien que l'acte itératif provoque la rupture du lien qui attache le patient au traitement. Comme exemple extrême, je citerai le cas d'une dame âgée qui, au cours d'états confusionnels, avait plusieurs fois abandonné le domicile conjugal pour fuir quelque part, sans pouvoir motiver cette fugue. Elle commença sa cure chez moi sous le signe d'un transfert positif bien marqué qui crût avec une rapidité anormale dès les premiers jours du traitement. A la fin de la semaine, la dame prit la fuite, avant même que j'aie eu le temps de lui dire quelque chose qui aurait pu prévenir cette répétition.
En 1951 (Ecrits. Seuil 1966 p 216) Lacan écrit "Dans une psychanalyse, en effet, le sujet, à proprement parler se constitue par un discours où la seule présence du psychanalyste apporte, avant toute intervention, la dimension du dialogue. (...) La psychanalyse est une expérience dialectique, et cette notion doit prévaloir quand on pose la question de la nature du transfert".
p 225 "Ainsi le transfert ne ressortit à aucune propriété mystérieuse de l'affectivité, et même quand il se trahit sous un aspect d'émoi, celui-ci ne prend son sens qu'en fonction du moment dialectique où il se produit (illustration à partir du cas Dora de Freud).
Sandor Ferenczi & Otto Rank dans Perspectives psychanalytiques Payot,1994 (texte de 1924)
p. 17 : « En s’appuyant sur la définition freudienne de la
technique psychanalytique qui la caractérise comme une méthode
prenant comme fondement de l’action sur le patient les faits psychiques
du transfert et de la résistance, on peut parvenir à une formulation
tout à fait générale de la psychanalyse, qui se présente
à chaque fois à l’analyste traitant comme un processus déterminé
individuellement, limité dans le temps, à l’intérieur
du développement libidinal du patient. Face à ce processus libidinal
qui se déroule automatiquement et qui, tel un processus de guérison
organique, implique sa durée propre et ses crises, l’analyste n’a,
à vrai dire, rien d’autre à faire qu’à intervenir
pour apporter une correction là où il sent un déroulement
perturbant, c’est-à-dire névrotique, sous la forme d’une
résistance. Ce processus libidinal artificiel est inauguré et
maintenu en marche par le transfert, que Ferenczi a décrit en son temps
comme un cas particulier de la tendance générale des êtres
humains au transfert, tendance s’exprimant avec une intensité particulière
chez le névrosé et qui, dans l’analyse, ne se produit que
dans des conditions particulièrement favorables. Alors que dans la vie
réelle, cette expansion de la libido est inhibée et perturbée
de multiples façons, l’analyse permet dans certaines conditions
ce déroulement, et doit même par moments le favoriser. Cette conception
fait déjà apparaître le rôle dans l’ensemble
passif qui revient en général à l’analyste, qui n’intervient
activement que sur un petit nombre de points. Face à la souffrance de
son patient, il n’a d’abord rien d’autre à faire qu’à
laisser s’exprimer, non seulement pour voir en quoi elle consiste («
diagnostic analytique »), mais aussi pour voir certaines particularités
de la névrose elle-même dont la guérison suppose que soient
ravivés d’anciens éléments morbides refoulés…
»
p. 21 « Contrairement au matériel mnésique préconscient
que le patient, dans la phase de résistance, rassemble en quelque sorte
à partir de ses différentes sphères d’intérêt
et de ses centres d’investissements sous l’influence de la situation
analytique, quand on rend conscientes les tendances libidinales agissantes dans
le transfert, il s’agit toujours de la reproduction de situations qui,
la plupart du temps, n’ont jamais été conscientes du tout,
mais sont issues de ces tendances et de ces impulsions qui ont été
en partie ressenties au cours du développement infantile et aussitôt
refoulées. L’analyse du transfert permet alors de faire «
ressentir » pour la première fois intensément ces motions
de désir pour ainsi dire châtrées dans l’enfance,
qui dans l’inconscient aspirent toujours à leur réalisation
alors que le moi les a depuis longtemps rejetées (conflit névrotique)
; le patient peut ainsi être mis en état de retrouver l’adaptation
à la réalité, à l’aide de la conviction personnelle
ainsi obtenue, et d’éviter les modes de réaction pathologiques.
La principale résistance que l’on a à surmonter, c’est
l’angoisse infantile, ou sa relation au conflit libidinal avec les parents
sous forme de sentiment de culpabilité inconscient… »
p. 31 « La psychanalyse permet donc au patient de revivre, et même
en partie de vivre pour la première fois, la situation libidinale infantile
originelle, avec une satisfaction partielle à condition de renoncer consciemment
à sa réalisation inadaptée. Le moi adulte du patient peut
venir à bout de cette tâche, de sorte qu’il est en mesure
de supporter consciemment l’amour oedipien sans réponse. En effet,
seule cette capacité à supporter un renoncement partiel en évitant
le refoulement en bloc permet à l’homme de saisir les possibilités
de satisfaction substitutives qui s’offrent dans la réalité.
Dans l’analyse, les pulsions amoureuses infantiles inhibées dans
leur développement, mais encore vivantes dans l’inconscient, poussent
à la répétition (dans le transfert), ou bien sont amenées
à apparaître à l’aide de notre technique. Dans une
analyse menée selon l’art, ce n’est pas l’individu
qui se répète, mais seulement les phases du développement
libidinal auxquelles le moi est resté fixé malgré leur
inadéquation. »
p. 34 « Dans le transfert et grâce à lui, il s’établit un nouvel idéal provisoire, contre lequel l’idéal du moi apporté par le patient se met sur la défensive sous la forme de résistances, tandis que son ancien être infantile, refoulé, tend vers lui. En se faisant alors, selon l’expression de Freud, d’abord l’avocat du refoulé, on peut éliminer les résistances émanant du moi. L’une de ces manifestations de résistance les plus fréquentes, au début de l’analyse, est l’identification au père avec le désir de le défier et de le dépasser en tout, qui se porte contre l’acceptation de la situation infantile donnée dans l’analyse. Cette première phase de l’analyse des résistances du moi requiert donc de temps à autre une intervention active de l’analyste, qui n’a cependant pas besoin de dépasser la part d’autorité parentale analytique que confère le transfert. Les résistances du moi une fois éliminées, et le transfert établi sur un large front, celui-ci est utilisé pour la reproduction dans l’analyse, jusqu’à ce que se produise de son fait même la deuxième grande résistance de toute analyse après la résistance du moi, la résistance de la libido, à savoir la révolte naturelle contre la frustration nécessairement imposée, c’est-à-dire la reconnaissance de désirs irréalisables dans l’analyse. C’est seulement à ce point que le transfert, outre le fait d’être un moyen auxiliaire favorisant l’analyse, en devient l’objet, et qu’il doit en tant que tel être expliqué au patient. »
p. 87 « L’énorme progrès que la psychanalyse de Freud a représenté par rapport à la catharsis de Breuer a consisté à reconnaître l’importance fondamentale du transfert pour la thérapie elle-même. Depuis lors, tous les progrès ultérieurs de la technique analytique peuvent être considérés pour l’essentiel comme la réalisation conséquente et l’exploitation de cette idée fondamentale. Les progrès théoriques essentiels de Freud se rattachent d’ailleurs aussi à ce point de vue, à l’origine pratique (par exemple la reconnaissance du noyau infantile oedipien à partir de la situation transférentielle) ; si la doctrine psychanalytique s’est beaucoup développée depuis ses débuts, en ampleur et en profondeur, Freud n’a jamais cessé de considérer que, dans la technique aussi, le fait principal était le facteur de l’expérience affective vécue et que c’était le facteur thérapeutique essentiel. »
Il me (T. Bokanowski) semble intéressant de souligner que c'est dès
1909, c'est-à-dire dès son premier écrit qui va le consacrer
comme un théoricien à part entière, que Ferenczi introduit
l'idée et l'importance de l'objet.
Dans Transfert et introjection, établissant le concept d'introjection
primitive (primaire), Ferenczi définit le transfert par la répétition
des premières relations d'objet :
« Le premier amour, la première haine se réalisent
grâce au transfert : une partie des sensations de plaisir ou de déplaisir,
auto-érotiques à l'origine, se déplace sur les objets qui
les ont suscitées. [.] Le premier amour objectal, la première
haine objectale sont donc la racine, le modèle de tout transfert ultérieur
qui n'est dons pas une caractéristique de la névrose, mais l'exagération
d'un processus mental normal. »
Dans ce texte, la notion d'introjection, qui est bien antérieure à
la théorie freudienne de l'identification, est définie par son
auteur comme un processus qui comporte à la fois :
- un investissement objectal (l'investissement d'un objet dans la réalité
extérieure) ;
- et une identification qui en est l'aspect narcissique, en rapport avec la
fonction du Moi.
Pour Ferenczi, l'introjection peut se voir comme l'effet d'un déplacement
(d'un transfert) de l'auto-érotisme aux objets extérieurs. Elle
n'est pas que d'ordre fantasmatique, mais elle comporte une orientation vers
la réalité extérieure : elle a un pôle externe,
c'est-à-dire une source externe. Ainsi, l'objet externe se définit
par l'investissement dont il est le siège et par les projections dont
il est le support. commentaire de T. Bokanowski in Traumatisme, traumatique,
trauma. Le conflit Freud/Ferenczi conférence en ligne à l'adresse
http://www.spp.asso.fr/Main/ConferencesEnLigne/Items/14.htm
Anna Freud pose la question : Qui est l'analyste pour l'Enfant ? Dans une analyse d'Adulte, on rejoue avec le psychanalyste tout ce qu'on a vécu dans le passé: C'est le transfert. Avec un Enfant, l'analyste ne peut pas être neutre. Il devra prendre des attitudes positives ou négatives et aura donc un rôle éducatif et pédagogique. Pour Mélanie Klein, l'Enfant est capable de transfert très jeune et il y a antinomie entre pédagogie et psychanalyse. La conscience d'être en analyse donne la capacité à l'Enfant de jouer des situations transférentielles. Ce transfert permet alors l'expression de ses fantasmes sexuels et agressifs, de ses angoisses dépressives ou persécutives. L'interprétation immédiate et continue entraîne le plus souvent une diminution de l'angoisse, une levée des inhibitions et une meilleure capacité de symbolisation. (doc de synthèse trouvé sur internet sur le site http://psychiatriinfirmiere.free.fr/infirmiere/formation/psychiatrie/enfant/therapie/melanie-klein.htm
A lire pour plus de précision : Klein M, La psychanalyse des enfants, PUF, 1986. (texte écrit en 1932)
et Freud A. "rôle du transfert" in Le traitement psychanalytique des enfants. PUF 1969 (1ere ed. 1951)
L'interprétation systématique, l'analyse continuelle des résistances, le parallèle constant entre le transfert, positif ou négatif, et des événements antérieurs, tels sont les moyens de créer et de maintenir une vraie situation analytique, aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte. A cette fin, l'analyste d'enfants, dans le maniement du transfert et dans l'exclusion de toute influence non analytique ou pédagogique, devrait observer les mêmes règles que l'analyste d'adultes. Comme ce dernier, il verra alors les symptômes et les difficultés s'insérer dans la situation analytique. (La psychanalyse des enfants (1932), ed fr 1986, PUF. pp 25).
L'enfant et l'adolescent ressentent l'angoisse avec plus d'intensité que l'adulte ; aussi faut-il avoir prise sur leur angoisse et leur culpabilité inconsciente, et établir la situation analytique le plus tôt possible. Chez le petit enfant, l'angoisse trouve une issue dans les crises anxieuses ; durant la période de latence, elle adopte plutôt la forme de la méfiance et de la réserve ; à l'époque de la puberté, avec ses violentes manifestations affectives, on en revient aux décharges aigues d'angoisse, qui en raison du plus grand développement du moi, s'expriment toutesfois par des résitances tenaces, capable de provoquer l'interruption de l'analyse. D'après mon expérience, la manière de liquider rapidement une part de cette angoisse consiste, quel que soit l'âge de l'enfant, à s'attaquer immédiatement et systématiquement au transfert négatif. (La psychanalyse des enfants (1932), ed fr 1986, PUF. pp 26).
J'estime que l'interprétation peut et doit commencer dès que l'enfant m'a laissé entrevoir ses complexes, soit par ses jeux, ses dessins ou ses fantasmes, soit par l'ensemble de son comportement. Ce principe ne va pas à l'encontre de la règle bien établie qui veut que l'analyste attente, pour interpréter, l'installation du transfert. Dans l'analyse des enfants, le transfert s'établit en effet dès le début et l'analyste peut en constater souvent le caractère très positif. Mais si l'enfant se montre timide, angoissé ou seulement un peu méfiant, ce comportement trahis un transfert négatif, et il devient encore plus urgent d'interpréter le plus tôt possible, car l'interprétation atténue le transfert négatif en ramenant les affects qui l'accompagnent à la situation et aux objets auxquels ils étaient liés à l'origine.(La psychanalyse des enfants (1932), ed fr 1986, PUF. pp 33).
(…)chaque fois que Rita, qui était une enfant très ambivalente, voulait quitter la pièce, je devais interpréter sur le champ cette résistance. Sitôt expliquée et rapportée à la situation et à l'objet primitifs, la résistance tombait et la fillette se montrait à nouveau bien disposée et confiante ; elle reprenait son jeu, confirmant par toutes sortes de détails l'interprétation que je venais de lui donner. (La psychanalyse des enfants (1932), ed fr 1986, PUF. pp 33).
Vous vous rappelez (…) quelle peine je me suis donnée pour m'attacher fortement l'enfant et l'amener à un réel état de dépendance à mon égard. Je n'aurais pas poursuivi ce but avec tant d'énergie, et par des moyens si divers, si j'avais cru possible de mener à bonne fin son analyse sans ce transfert. Mais ce lien d'affection, ce trransfert positif, pour employer le terme analytique, est la condition préliminaire du travail futur. L'enfant va encore plus loin que l'adulte en ce qu'il croit seulement la personne qu'il aime et ne fait quelque chose de bon que lorsqu'il peut agir par amour pour quelqu'un.
La formation de ce lien importe même bien davantage dans l'analyse des
enfants que dans celle des adultes car, à côté du but analytique,
l'analyse infantile poursuit aussi un but éducatif dont nous parlerons
plus tard avec plus de détails.
Freud A. "rôle du transfert" in Le traitement psychanalytique
des enfants. PUF 1969 (1ere ed. 1951) p 46
Vous savez que, chez les adultes, il est possible de se tirer d'affaire pendant longtemps avec un transfert négatif, que nous utilisons en vue du but poursuivi en l'interprétant et en le ramenant à ses origines. Mais, chez l'enfant, ses mouvements négatifs dirigés contre l'analyste, quelque révélateurs qu'ils puissent être sous bien des rapports, sont surtout gênants. Il faut les renverser et les atténuer aussitôt que possible. Le travail fructueux ne s'accomplira qu'à la faveur d'un lien positif entre l'analyste et l'enfant. Freud A. "rôle du transfert" in Le traitement psychanalytique des enfants. PUF 1969 (1ere ed. 1951) p 47
(…) l'enfant entretient bien, il est vrai, les relations les plus vivantes
avec l'analyste et manifeste ainsi une quantité de réactions qu'il
a acquises dans ses rapports avec ses parents, et il nous donne, dans les variations
de ses sentiments, dans leur intensité et dans leur expression, les indications
les plus importantes sur la formation de son caractère, mais il ne fait
pas une véritable névrose de transfert.
(…) L'enfant n'est pas prêt, comme l'adulte, à entreprendre
une nouvelle édition de ses relations affectueuses, parce que, pourrait-on
dire, l'ancienne n'est pas encore épuisée. Les premiers objets
de son affection, ses parents, existent encore pour lui en tant qu'objets d'amour
dans la réalité, et non, comme c'est le cas chez le névrosé
adulte, dans l'imagination seulement. (…) L'analyste intervient là
comme une nouvelle personne, et il aura vraissemblablement à partager
avec les parents l'affection et la haine de l'enfant. Mais il n'y aura aucune
nécessité pour l'enfant à ce qu'il substitue l'analyste
à ses parents. Freud A. "rôle du transfert" in Le traitement
psychanalytique des enfants. PUF 1969 (1ere ed. 1951) p 50
Je vous rapporte ici, en détail, une fantaisie de transfert positif de la petite patiente obsédée dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. Une visite que je lui avais faite chez elle et à l'occasion de laquelle j'avais assisté à son bian du soir en fult la cause extérieure. Le jour suivant, elle me dit tout d'abord : "Tu es venue me voir quand j'étais dans mon bain ; la prochaine fois, c'est moi qui viendrai chez toi, et qui irai te voir pendant que tu te baignes." Un instant plus tard elle me raconta la rêverie qu'elle avait eue au lit, après mon départ, avant de s'endormir (Se référer au texte qui est assez long. Cependant si vous voulez, je peux le mettre en ligne). Freud A. "rôle du transfert" in Le traitement psychanalytique des enfants. PUF 1969 (1ere ed. 1951) p 47
Searles écrit (p 595, in l'effort pour rendre l'autre fou La psychose de transfert. Folio essais 1965, tr fr 1977)
"Ironie du sort, moi qui avais regardé avec consternation cette espèce de végétal désespérant (un de ses patient*), je me trouvais, maintenant que le transfert devenait plus richement et ouvertement élaboré, dans la position d'un "papa" qu'il considérait, avec persistance et conviction, comme une coquille vide, comme un être dont l'esprit était depuis longtemps éteint, une espèce de relique sujette à des humeurs imprévisibles, à des dépressions profondes ponctuées de rages explosives. Une description de cas moins sommaire montrerait que tous ces traits avaient caractérisé sa propre maladie au cours des années précédentes ; et je suis certain que les éléments majeurs de sa maladie provenaient au départ de l'introjection de caractéristiques semblables chez son père. Son transfert sur moi se faisant de plus en plus cohérent, de plus en plus puissant, le fonctionnement de sa personnalité se libéra de la maladie ; mais je dois dire que, dans les mois et les années qui suivirent, il y eut des moments où le rôle transférentiel (qu'il instillait en moi plutôt qu'il ne m'y plaçait de force) ébranla passablement ma robustesse".
*(…) j'avais affaire à un hébéphrène d'un certain âge dont le symptôme majeur avait été pendant des années une grave aptathie (…) Ma vision des choses fut donc toute bouleversée le jour où j'entendis le patient, qui, selon son habitude était allongé sur son lit sans prononcer une parole, dire avec un petit rire étouffé : "si ma grand-mère était encore en vie, je serais un vrai flâneur" ; dans les mois et les années qui suivirent, je m'aperçus que sa soi-disant apathie était celle d'un homme qui s'était cru obligé d'étouffer ses ambitions et de rester aux côtés d'une grand-mère, et avant cela, plus important encore, auprès d'un père psychothiquement déprimé, qu'il fallait protéger des soucis quotidiens du monde extérieur par une présence rassurante plus ou moins constante et dont les besoins primaient sur ceux du patient. Searles écrit (pp 594-595, in l'effort pour rendre l'autre fou La psychose de transfert. Folio essais 1965, tr fr 1977)
Du point de vue psychanalytique classique, le transfert se conçoit comme surgissant quand un patient attribue inconsciemment au thérapeute des qualités qui sont liées à des figures ou relations précoces dans la vie du patient (Freud, 1916/1943 ; Gill, 1954). Selon cette vision, le transfert vient strictement du monde interne ou fantasmé du patient. Le thérapeute ne fait rien pour contribuer au processus. Plus récemment cependant, les théoriciens contemporains psychodynamiques, comme Gill (1982, 1984) ont commencé à concevoir le transfert d’une manière différente. Dans cette conceptualisation alternative, les projections du patient sur le thérapeute ne sont pas vues comme étant un phénomène entièrement interne, mais plutôt comme ayant une certaine base sur la réalité externe. C’est-à-dire que le thérapeute joue un rôle dans la facilitation de l’expérience de transfert alors qu’il est un participant de cette interaction. Alors que toutes les transactions entre le patient et le thérapeute ne sont pas nécessairement transférentielles par nature, les schèmes relationnels problématiques peuvent émerger dans la relation thérapeutique alors que le thérapeute utilise cette interaction pour identifier les manières conflictuelles du patient de s’occuper des autres significatifs (Kerr et coll. 1992). Dans la théorie CC, le patient et le thérapeute sont regardés comme « des collaborateurs scientifiques » enquêtant et testant la validité des pensées du patient (Barlow, 1993 ; Beck, 1976 ; Beck et coll. 1979 ; Goldfried & Davidson, 1994 ; Mahoney, 1988 ; Meichenbaum, 1977).
Blagys M D, Hilsenroth M J. Distinctive Features of Short-Term Psychodynamic- Interpersonal Psychotherapy: A Review of the Comparative Psychotherapy Process Literature. Clin Psychol Sci Prac 7:167-188, 2001 (Traduction B. Lapeyronnie)